La face cachée des profs!

La vie d'une prof dans un collège difficile

06 mai 2008

La serrure et le professeur (fable)

Par un beau mardi ensoleillé

Une jeune prof, par l'enseignement motivée

Allait à ses sixièmes inculquer

Les fables d'une lointaine célébrité.

Dans les couloirs cheminant

Suivie de ses agneaux bêlants

Que vit-elle, ô acte infâmant?

La serrure, bouchée par un malveillant.

Sa serrure, par un chewing-gum obstruée!!!

Son troupeau dut être déménagé

Avec fracas comme on peut l'imaginer

Sans manuels, la malheureuse dut improviser...

Appelé, notre sympathique agent

Bien que perplexe devant un crime si navrant

Me fit remarquer aimablement

Qu'une autre porte avec la clé s'ouvrait tout autant...

Ô professeur bien embêté

Avait les yeux si mal embouchés

Que simplement elle a ignoré

Que par la deuxième porte, il suffisait d'entrer!

Moralité?

Quand le prof est étourdi

Un sacré bazar s'ensuit...

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03 mai 2008

Rencontres du troisième type

De manière générale, les rencontres entre professeurs et élèves se cantonnent à quelques lieux bien délimités, assurant à chacun une sécurité affective certaine. Ainsi, être dans la même salle de classe est tout à fait normal, sauf pour certains. De la même manière, se croiser dans les couloirs ou tailler le bout de gras dans la cours de récréation font partie du schéma établi.

Pourtant, certaines révélations, par lesquelles nous passons tous bien malgré nous, se chargent de modifier notre façon de voir les choses...

LE PROF A UNE VIE EN DEHORS DE L'ECOLE

Qui n'est jamais passé par cette étrange révélation? Pour ma part le traumatisme remonte au lycée... combien de fois ai-je dévié ma trajectoire pour éviter mon professeur d'anglais en train de promener tranquillement son teckel? Des retrouvailles  extra-scolaires étaient pour moi à peu près aussi impossibles qu'un meeting amoureux entre le petit Prince et ET.  La rencontre qui m' a définitivement fait changer était celle de mon professeur d'espagnol en train d'acheter tranquillement des carottes au supermarché. Pour vous dire à quel point j'ai été marquée, je me rappelle encore  qu'il s'agissait de carottes plus de dix ans après. Pas des oignons ou des salsifis, non, des carottes. D'ailleurs il s'est senti obligé de m'apprendre que carotte en espagnol se dit zanahoria, mot dont je me souviens toujours et qui pourtant m'a été très utile dans ma carrière de prof de français...

Pourtant, ce que peu de gens savent, c'est que le problème se pose aussi en sens inverse. Le prof n'aime pas particulièrement rencontrer l'élève en dehors des lieux où il se sent tout puissant. Il ne rêve que de protéger son intimité, d'avoir un terrain de liberté dans lequel il n'est pas obligé de jouer le rôle de la terreur du mâchouilleur de chewing-gum et mâchouiller lui aussi tranquillement son chewing-gum la bouche ouverte en faisant des bulles...

Passons outre les lieux dans lesquels le professeur de français se sent chez lui... les librairies, les disquaires, les magasins de bédé... l'élève croisé est en général apeuré, surtout si le prof d'humeur sadique se prend de lui faire la conversation devant ses copains..."alors, Clotaire, on cherche un livre? ...je peux t'aider, hein, Clotaire, c'est bieeeen de lire!" (hin hin hin je te colle la honte, tu me fais suer en classe, hein!).

Il y a aussi les rencontres rigolotes, comme par exemple en ville, dans la rue, un jour de soldes... j'ai une fois croisé comme ça un troupeau de mes garçons, tout contents de me voir, qui m'ont littéralement assaillie pour me montrer leurs achats, savoir quels étaient les miens, tenter de reporter le prochain devoir, m'inviter à boire une bière (sic)... C'est plutôt sympa, mais là où c'est franchement hilarant c'est de voir la tronche de gens qui nous croisent. Imaginez, une jeune femme plutôt normale assaillie par de jeunes black-blancs-beurs, de ceux que le retraité moyen fuit en général, casquette MBA, pantalon sur les rotules, caleçon apparent, chaines en or et converses... Beaucoup croient à l'agression et fuient la queue entre les jambes, d'autres s'approchent l'air de rien pour trouver de quoi peuvent bien parler des gens aussi différents...

Non, le véritable traumatisme, le cataclysme, là où les relations profs élèves s'en prennent un coup dans les deux sens, la rencontre que chacun fuit à la vitesse d'un OVNI qui aurait un missile américain aux fesses, c'est... la rencontre au supermarché!

Je ne sais pas pourquoi, mais je n'habite pas le quartier dans lequel  je travaille...les occasions de se rencontrer sont donc rarissimes... mais je ne sais pas pourquoi, même s'il y a une chance sur un million pour qu'une telle chose se produise, on rencontre systématiquement le concierge de service et, enfer et damnation, on a systématiquement des tampons hygiéniques ou du papier cul dans le caddy...  (ne parlons même pas de la pommade pour érythème fessier que je trimballe régulièrement pour Titefille...)...impossible de le rater!

Et bien sûr, le destin ne se loupe pas, le lendemain en classe un élève que vous n'avez pas rencontré vous demande, le sourire en coin "alors, madame, vous avez été au supermarché, hier?"... et bien sûr, inévitablement, toute la classe saura que vous aviez les objets susmentionnés dans votre caddy...

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23 avril 2008

Désespoir

Le passé-composé en sixième...

Ils commencent à le voir en CE1/CE2.

On a travaillé en groupe de 10, pendant que l'autre moitié était au CDI.

On a analysé de fond en comble la notion de participe passé.

On a cherché les participes de dizaines de verbes, à l'oral et à l'écrit.

On a conjugué les auxiliaires au présent, plusieurs fois par élève.

On a associé les auxiliaires et les participes, à l'oral, jusqu'à ce que chaque élève puisse le faire.

On a noté la leçon à l'écrit, en classe entière, lentement.

On a fait une bonne dizaine d'exercices, j'ai vérifié chaque cahier, fait refaire à ceux qui n'y arrivaient pas.

On a vu qu'avec être le verbe s'accorde avec le sujet, et avec avoir non.

On a soigneusement évité l'histoire du COD placé avant le verbe, trop compliqué.

Aujourd'hui j'ai donné un "contrôle fictif", c'est à dire un contrôle dont la note ne compte pas, corrigé par un camarade.

Deux élèves ont obtenu la moyenne, à savoir respectivement 11.5 et 12. Tous les autres ont entre zéro et cinq.

Les formes rencontrées, pour effacer par exemple, sont j'avais effacé, j'effacé, j'effaçaient, j'avé efaçaient....

J'ai prévu un contrôle noté pour la semaine prochaine, et d'étudier le passé simple dans le prochain chapitre...

MAIS DITES-MOI CE QUE JE DOIS FAIRE DE PLUS POUR LEUR FAIRE COMPRENDRE?????

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10 avril 2008

Des rapports entre l'ado et le livre...

L'autre jour, durant la triste période pendant laquelle je n'étais pas encore en vacances, j'ai vécu une expérience du troisième type, une sortie dont le seul intitulé va, je le sais, faire ricaner le collègue plus expérimenté que moi d'un rire jaune et cynique envers ma pureté de jeune prof...

Qu'ai-je fait? Tout simplement, j'ai décidé un jour de grande illusion d'emmener ma classe de 4ème Sympa à la bibliothèque pour assister à une ronde de livres... Toi-là, qui rigoles au fond, je t'ai vu, hein!  Notre quartier s'est en effet doté depuis novembre d'une bibliothèque flambant neuve, dernier cri, remplie de bouquins adaptés à nos angelots et fournie en outils multimédia (retiens bien ce détail, lecteur!). Je me suis dit que ce serait l'occasion ou jamais de découvrir ce lieu qui est au centre de leur quartier, et de se trouver de la lecture pour les vacances, de prendre contact avec la vie culturelle, quoi...

Erreur.

D'abord, contrairement aux idées reçues, le jeune du quartier connaît parfaitement la bibliothèque. La seule chose, c'est qu'il ne sait pas que son objectif principal n'est pas d'être un cyber-café gratuit, et qu'il ignore la plupart du temps qu'une bibliothèque contient des livres. D'où lors de notre arrivée, la ruée générale vers le coin-informatique. Qui était occupé. Par une collection de mes 4èmes Lardons (rebaptisés pour l'occasion) qui étaient supposés être en cours. La bibliothécaire m'explique qu'ils ont un exposé à préparer (à 18? mais qui est le collègue incompétent qui leur a donné un exposé à 18?) pour le français (Ah. Il semblerait que ce soit moi, sauf que je ne me rappelle pas avoir donné le moindre sujet d'exposé.) De là, elle m'explique qu'internet n'est autorisé qu'en cas d'exposé, et que cela fonctionne à merveille (je peux en douter?). Apparemment, après avoir jeté un regard par dessus leurs juvéniles épaules, il semblerait que le sujet d'exposé donné par moi à 18 de mes élèves soit "les skyblogs les plus crétins du net".

Mais revenons à mes 4èmes Sympa qui, eux, vont découvrir grâce à ma diligente bienveillance le monde mystérieux des livres. Ils se sont alors installés dans la salle prévue pour eux, autour d'une table débordante de livres de toutes sortes. C'est là, cher lecteur, que je me permets une autre information qui figurera sans aucun doute dans mon futur ouvrage "De l'autodéfense de l'ado en milieu hostile". Les ados ne se mélangent pas. D'un côté sont serrés les garçons, puis se trouve un no-man's-land, et de l'autre se pelotonnent les filles. Une seule exception, Rufus, qui n'a pas encore décidé dans la vie s'il est une fille ou un garçon. Il est le seul à ne pas avoir remarqué que peut-être qu'il serait mieux du côté des filles. Passons. Donc, premier défi, faire se décaler tout le monde de façon à remplir le no-man's-land et surtout, faire en sorte que tout un chacun puisse respirer. Réussite toute relative puisque toute l'heure de présentation des livres se passera à se pousser du coude pour empêcher ceux qui sont assis au bout de tomber par terre.

Enfin est arrivé le moment si édifiant de la présentation des livres.  Devant un tel spectacle, l'ado est tout ébaubi. Des LIVRES, cet outil préhistorique d'avant le skyblog, et en plus ils ne sont même pas OBLIGES de les lire! Quel intérêt, alors? Comme c'est une classe cool, ils se sont tenus à carreau, regardant voler les mouches, consultant leur montre, soupirant, poussant silencieusement le voisin du coude. Les trois intellos de la classe sont, elles, scotchées, bouche bée, se demandant manifestement si elles peuvent tout emporter. Les autres dorment tranquillement. Les temps forts ont quand même été lorsque les bibliothécaires ont présenté un livre "très court, de 70 pages" ..."hein, quoi, mais c'est super long, il trouve ça court, lui, jamais je ne lis ça, moi, çavapa!". L'autre grand moment a été la présentation d'un livre sur un garçon dont les parents sont naturistes, ils vivent tout nus..."oooooh, aaaaah non mais y'a pas moyen, hein, cédémalades!"...

Au final, quelques coups de pieds aux fesses aidant, la moitié de la classe a pris un livre, score exceptionnel selon la bibliothécaire ravie. Gageons que sur cette moitié, un tiers ne l'ouvrira pas, le deuxième tiers lira les 10 premières pages et les derniers le liront peut-être...

Enfin ils ont mérité leur récompense: le droit de visiter seuls la bibliothèque, les romans, les bédés, les journaux, le coin multim....AAAAAAAAHHHHH, PAS TOUS EN MEME TEMPS! La Ligue de Protection de l'Adolescent m'en voudra mais j'ai passé l'heure suivante à chasser des essaims d'adolescents comme on chasse des mouches autour d'une merde, en agitant les bras. Et comme avec les mouches, à peine chassés ils revenaient, comme aimantés par l'effet Roberto à moitié nu sur son skyblog, tenant dans ses bras une fausse blonde boutonneuse tout aussi deshabillée. J'ai d'ailleurs failli en venir aux mains avec Rufus qui n'a pas encore choisi son identité sexuelle (il veut faire chorégraphe ou stewart!) mais qui était fasciné par la photo susmentionnée au point qu'il s'est dangereusement approché de moi avec ses mains grosses comme des battoirs à linge!

Après tout, c'est vrai, ils ont rempli leur part du contrat, ils sont restés tranquilles pendant qu'on leur parlait de livres, et maintenant, je refuse de les laisser découvrir le coin multimédia???

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30 mars 2008

Méditations du dimanche soir

Voici deux moments de réflexion que j'ai eus grâce à un élève de quatrième...c'est philosophique, une vraie règle de vie!

A la question "résumez-moi en une ou deux phrases la fin de l'Avare":

La fin se termine mieux que le début...

Sinon, l'autre réflexion que je vous propose pour la semaine à venir est issue d'un dialogue que nous avons eus tous deux suite à un lapsus de lecture d'un élève qui a dit "lardon" au lieu de "larron"...

"Madame, c'est quoi une lardonne?

- (je flaire la question idiote, donc, réponse idiote) La femelle du lardon.

-Ah, d'accord. (Air perplexe) Comment est-ce qu'on reconnaît une lardonne?

- (je me demande s'il se fout de moi) Tu te fiches de moi? Et tu vas me dire que les lardons poussent sur un lardonnier?

- (super sérieux, l'air un peu perdu, sans remarquer que les autres sont pliés en 4 sur leur table) Ah? Ben non j'savais pas..."

Précisons que connaissant le gus, il était parfaitement sérieux... Sur ce, je vous laisse méditer, bonne semaine à tous!

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25 mars 2008

Frisson du mardi

Allez, chers lecteurs, pour vous faire plaisir, petits extraits de copies de 4èmes, faibles et qui ne bossent pas, mais quatrièmes quand même...

Le sujet demandait un dialogue sur l'importance de l'argent (suite à la lecture de l'Avare). Recopié avec les fautes d'origine, sinon c'est pas marrant...

1)"-Salut Rex sa va. Oui et toi dédé.

-Tu sé dédé il faut de l'argent pour répare ma voiture, ma maison et mon garage dit Rex.

-Attention mais ta pas besoin de l'argent pour répare dit dédé.

- Si, non, si, non, si par ceque si j'ai de l'argent je pourest avoir tout que je veux

-mais tu peux pas avoir la joie, dit dédé." (haute philosophie...)

2)"Salut comment sa va? dit Bernard

-Sa va très bien et toi? dit Jean-Roger (c'est fou comme ils se préoccupent toujours de la santé des autres...devraient penser à leurs profs, aussi, non?)

-Sa va, sa va bon aller à EDF, n'oublie pas qu'ont travaille là-bas! dit Bernard

-Ta vu je travaille comme un forcener alors que toi,  tu fais rien! dit Jean-Roger

-Oui, mais moi je suis chef donc j'ai juste à signer des papié. dit Bernard

-Tu es payer combien pour un boulot aussi dure? dit Jean-Roger

- Un peu plus que toi!" Dit Bernard.

Ce que Jean-Roger ne sait pas c'est que Bernard gagne trois fois son salaire mensuel. " (futur militant communiste?)

3) "Alex dit: Moi jtrouve que l'argent c'est plus important qu'autre chose.

David répond: Non c'est faux car ont peux vivre sans argent.

Alex dit: Sans argent!!! Non ont  peux pas vivre sans argent car on ne peux pas se payer de quoi manger et de quoi boire.

David répond: Si, on peut cultiver les légumes et ceuillir des fruits.

Alex dit: On ne peut pas manger que des fruits et des légumes, il faut se nourire avec autre chose par éxemple des frites!!!(sérieux, j'espère que c'est pas elle qui fait la cuisine à la maison!!!)

4) "Je suis désoler, mais que ta de l'argent ou non sa change rien car si tu regarde l'argent c'est rien d'autres que des morceaux de feuille avec imprimer desus; 10 ou 20 ou 50 euros rien de plus: tandis que pencer à la vie c'est autre choses répond Roméo.

-Ah bon et tu peux m'expliqer pourquoi la vie c'est autre chose? dit Juliette

-La vie c'est autre chose car elle t'apprend bien plus de chose que l'argent répond Roméo

-Ben moi je pence pas la même chose que toi, dit Juliette

-Toi tu pense que c'est l'argent qui ta appris l'école ce que c'est la galère et tous mais tu te trompe répond Roméo." (philosophie philosophie... en plus j'ai découvert qui était vraiment Shakespeare: un gros radin.)

Rire ou pleurer? Comment aider ces gamins si largués qu'ils ne se donnent même plus la peine de faire un tout petit effort? Moi ça me fait rire jaune, parce que si je n'en riais pas un minimum, je ne pourrais pas faire ce boulot...

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18 mars 2008

Brutusserie (2)

Brutus a une religion dans la vie. Mais oui, mais oui, Brutus est un mystique... sa religion lui impose certaines règles auxquelles ils ne peut déroger, même si sa vie, sa carrière, sa scolarité, son paquet de gâteaux volés dans le sac de sa voisine sont en jeu.  Elle lui permet aussi un grand nombre de choses: être ridicule, fouiller le sac de sa voisine en douce et se faire rouer de coups de parapluie pour vol de casse croûte en plein cours de français, par exemple.

Mais dans la religion de Brutus, il y a un grand interdit.  Il serait immédiatement foudroyé s'il transigeait. Aucune dérogation possible. Il ne peut pas apprendre quoi que ce soit de la conjugaison. Je ne parle pas seulement du conditionnel passé deuxième forme, non, cela va jusqu'au présent de l'indicatif. Il peut par exemple me produire une rédaction somme toute chouette mais sans un seul verbe conjugué correctement. Il veut faire une première L option art, peut-être pour se spécialiser dans la conjugaison artistique, recréeer les temps de l'indicatif, qu'en sais-je. Le Grand Prêtre de l'anarchie verbale. Celui qui crée avec brio le présent-passé  ou  l'impartur. Ne parlons pas du passé-que-parfait ou du conditionnel antérieur.

Bref. Il a donc logiquement obtenu un brillantissime zéro au devoir sur le conditionnel et son emploi. Forcément, tous ses verbes étaient imaginaires et à la question "quelle est la valeur du conditionnel?" il m'a répondu "imparfait, présent, passé simple..." C'est là que je t'avoue,  à toi lecteur, que je me suis montrée une impie de la pire espèce, j'ai commis un crime de lèse-Brutus passible de la peine de mort par conjugaison intensive. Durant le corrigé du contrôle en question, alors que toute la classe travaillait bien, que ceux qui avaient obtenu des mauvaises notes faisaient de leur mieux pour essayer de progresser, j'ai entendu des éclats de voix à peu près aussi discrets que ceux de Matamore dans l'Illusion Comique (je suis culturée, Moi, médème) et dans le coin de mon cerveau pervers je me suis souvenue du zéro de monseigneur Brutus. Vu que je suis réellement sadique, je me suis dit que puisque toute la classe bossait, il n'y avait pas de raison de ne pas tenter de forcer Brutus à se parjurer, à renoncer à la religion, en lui demandant ne serait-ce que de corriger une phrase.

C'est là que j'ai découvert l'étendue des dégâts que j'ai failli causer: Brutus n'avait pas noté une seule phrase du corrigé que je m'escrimais à faire. Là encore, pardonnez moi St Brutus patron de tous les Abrutus, j'ai péché. Je lui ai demandé s'il comptait corriger étant donné qu' un zéro n'était pas nécessairement la meilleure note possible. C'est là que Brutus s'est dressé de toute la hauteur de ses boutons d'acné et m'a assené "Je corrigerai chez moi ce soir, de mémoire".

Pardon, mille fois pardon, St Brutus, patron des Abrutus, d'avoir mis à la porte de ma salle votre précieux disciple. Je m'aplatis devant vous pour lui avoir dit qu'il avait la maturité d'un enfant de trois ans et non celle d'un futur lycéen autonome et responsable. Je rampe à vos pieds pour n'avoir pas tenu compte de ses supplications dignes d'un condamné au bagne  ni de ses grommellements furibonds. Pire encore, je crois que j'ai évité de peu la crise d'urticaire...

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12 mars 2008

D'un art qui se perd...

Perte malheureuse ou non? Je je pencherai volontiers pour la première option, même si on me traitera à coup sûr de vieille (!) facho. Oui, la perte évidente et sans doute irréversible de la politesse la plus élémentaire, chez nos élèves mais malheureusement chez nos collègues aussi me choque un peu. Bonjour, au revoir, merci... des petits mots qui permettent de penser que l'on est à un stade supérieur à la poule ou au cochon d'inde, ou au chat de ma mère qui vise le bout de jambon de ma fille (ou l'inverse, d'ailleurs). A placer sur la liste des termes en voie de disparition, tout comme ces jolis mots un peu désuets: bicylette, autobus, respect.

Des petits mots qui rendent aussi la vie un peu plus douce... n'est-ce pas agréable de s'entendre souhaiter un bon-jour par des collègues ensommeillés, ou par des élèves qui finalement ne semblent pas si mauvais? Pourtant, société de consommation oblige, ils se font plus rares. Ainsi, à l'entrée de la salle des professeurs, à toutes les pauses des élèves se pressent furieusement pour des raisons diverses qui ne peuvent en général attendre la fin de mon thé. Le problème ne serait pas là si les petits mots magiques, éventuellement un sourire poli étaient au rendez-vous. Les dialogues sont souvent les suivants:

"-BOUM BOUM BOUM! (pour protéger la porte, seul rempart entre eux et nous, d'un fracas inévitable, je me lève)

-Ouiiiiiiii?

-(Ton rogue) Pouvez met'ça dans l'casier à Mme Trouillefou?

- Bonjoursilvousplaitmerciaurevoir" (Ton un rien excédé, et impatiente de voir le résultat)

Alors là, plusieurs possibilités de réponse: soit le jeune a un vague souvenir de ce genre de mots et répète sa phrase, non sans soupirer, avec les termes adéquats. Soit il est complètement affolé, non mais qu'est-ce qu'elle me veut celle-là, c'est quoi cette boutique, le client est roi, et il se taille sans demander son reste. Soit (le papier est vraiment important) il reste planté là, bien embêté, à tenter de savoir ce que j'attends de lui. Dans ces cas, soit je suis de mauvaise humeur (c'est le troisième en 5 minutes) et je lui réponds de revenir plus tard en parlant correctement, soit je lui dis moi-même la phrase espérée, et la lui fais répéter.

Le vrai souci vient-il vraiment de ces ados? La question mérite d'être posée, surtout quand on voit les réunions parents profs... allez expliquer à ce père, casquette vissée sur la tête, chewing gum en bouche, que son fils ne connaît pas les règles élémentaires de politesse? Je suis bien tentée, ma foi, de demander au père d'enlever ses attributs afin de donner l'exemple, mais l'homme en question ayant environ le double de mon âge, j'avoue, je n'ose pas. Il faudrait, pourtant. Imaginons une école des parents, dans laquelle ils découvriraient, bigre, qu' entre deux séries télé ils sont chargés d'élever leur enfant, et surtout que ce n'est pas seulement à l'école de s'en charger.

Une scène qui pourrait être comique se reproduit chaque année en sixième, lorsque nous étudions les niveaux de langue: tout le problème est de leur montrer la différence entre le langage courant et le langage familier (soutenu, ils ont l'impression qu'on leur parle comme des bourges donc une sous race humaine donc pas la peine de s'y intéresser). Familier et courant donc.

" Vous parlez souvent familier entre vous, et courant avec vos parents. Pas exemple, imaginez la réaction de votre mère si vous lui disiez "ta gueule"...à coup sûr, vous recevriez une claque!

- (Regards interloqués) Mais Madame, ma mère me parle tout le temps comme ça!!!"

Que voulez-vous répondre à cela? 

D'ailleurs, la découverte de certaines règles de politesse équivaut maintenant à la découverte de l'Amérique, ni plus, ni moins. Enlever sa casquette à l'intérieur? Ne pas répondre systématiquement à un adulte lorsqu'il vous fait un reproche, en plus justifié? Se lever lorsque quelqu'un rentre dans la classe? Dire merci? On croirait voir les fiers navigateurs foulant pour la première fois une terre à peine défrichée où évoluent des créatures qu'ils avaient été incapables d'imaginer auparavant. Ouah, un monde où les gens ne s'insultent pas en parlant!

D'ailleurs, il est curieux de voir que malgré cette non-politesse ambiante, ils se sentent très vite insultés pour des choses qui vous paraîtront totalement anodines:un regard, une parole...

Le problème c'est que ce genre de comportement déteint même sur les adultes. Mais là, ça les choque "Madame, il m'a traité de petit con!". Certes, il n'avait pas à le faire. Je me demande quand même pourquoi cet enfant qui se fait systématiquement traiter de la même manière à la maison, qui traite ses camarades voire ses professeurs de manière parfois pire encore, est choqué par un tel comportement. Peut-être sommes-nous encore un îlot de résistance, le dernier bastion des gens qui osent encore se dire bonjour et merci?

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10 mars 2008

Tagada

Hé oui, l'infamie d'être taguée par ma soeur Zabel (bouh, n'allez pas voir son blog, il est nul)  m'échoit désormais...

Règlement du tagada :
- Mettre le lien de la personne qui vous a tagué
- Mettre le règlement sur votre blog
- Mentionner 6 choses sur vous
- Taguer quelques (normalement c'est 6) personnes en mettant leurs liens
- Les prévenir sur leur blog

Cet acte est d'autant plus infâme que je vais être forcée de révéler des choses totalement personnelles et inavouables sur moi, qui ai toujours réussi à maintenir ma face cachée telle que susmentionnée. Je risque aussi de te perdre, ô toi lecteur, qui n'est en rien passionné par ma vie de jeune femme lambda et qui donc va partir vers d'autres blogs sans plus jeter un regard en arrière, tel l'adolescent lors de son dernier jour de collège. Merci, Zabel.

Alors on y va:

- J'adore les trucs moches. Tout ce qui est laid, kitsch ou ridicule me fait délirer. C'est pourquoi j'ai toujours des pantoufles à faire hurler, en ce moment elles sont oranges doublés de vert avec des abeilles. Je me suis aussi acheté des crocs bleu blanc rouge sur le seul critère que c'est génialement laid.

- J'adore lire des trucs bêtes, aussi, ce qui est honteux pour une prof de français, sachant que toutes mes collègues parlent des bouquins intelligents dont elles sont pénétrées (bonjour, ami de gougueule!) et que moi je viens de re re relire un vieux Danielle Steele. Tant pis. Je lis aussi des trucs intelligents, parfois.

- Quand j'étais ado, j' avais une énorme touffe de cheveux hirsutes (ce qui n'a pas beaucoup changé, en même temps), et de grosses lunettes bleues. Je ne portais que des jean's, des pulls camionneurs et des baskets. Je ne comprenais pas pourquoi je ne plaisais pas aux garçons...

- Je suis immensément bordélique, mais je me soigne. Du coup, j'ai l'impression de lutter en permanence contre une vague de désordre qui ne cesse de me submerger. Mon bureau ressemble un poil à Bagdad, en fait. Il m'arrive souvent de perdre des trucs super importants et de les retrouver 5 ans après.

- Je suis la championne du monde de la loose: quand il y a une crotte de chien sur le trottoir, elle est pour moi, garanti. Pas du pied gauche, en plus. S'il y a un trou sur la chaussée, un trottoir inégal, un pavé déchaussé, c'est pour moi. C'est simple, il m'arrive tellement souvent d'avoir les genoux couronnés que j'ai gardé des cicatrices. C'est pour ça que personne ne voit jamais mes genoux (et ils sont hideux, aussi).

- Je n'aime pas les chaussures (sauf les pantoufles, cqfd). Du coup on ne me verra jamais en talons (je mesure 1m76, sinon je touche le plafond)  et en été je vire mes tongs minimalistes pour faire cours pieds nus, ce qui scandalise mes élèves. Mes pieds à moi, au moins, ils ne puent pas. Et toc.

Edifiant, non? Adieu, donc, cher lecteur...

Ah, oui, au fait, au tour de Pt'ite Maikress, Pétronille et Eluise de révéler des trucs! 

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25 février 2008

Tétracapilliculture

J'ai déjà évoqué par le passé les tenues vestimentaires de nos petits anges, aujourd'hui en ce joyeux jour de rentrée j'ai eu envie de parler de leur chevelure.

Contre  toute attente, ce ne sont pas les filles qui se préoccupent tellement de leur coiffure, mais les jeunes coquelets virils ou auto-estimés tels. La coiffure, pour le jeune mâle en pleine poussée hormonale, c'est le plus sûr moyen d'être dans le coup, admiré par la femelle (ou en tout cas il se l'imagine car la femelle en question s'en fiche comme de l'an 3018). Le secret d'une coiffure réussie, c'est le gel. Plus il y aura de substance visqueuse tout droit sortie du Lideul du coin tartinée sur les quelques millimètres de cheveux, plus la crête tecktonik savamment élaborée aura une chance de tenir bien droite.

Le jeune coquelet ainsi paré devient quasi obsessionnel de sa parure capillaire, au point que souvent il a son miroir de trousse et son petit peigne pliable, des fois qu'il soit menacé de quelque manières par un coup de vent hypothétique ou, pire, la prof. Parce que moi, faut le savoir, je suis l'ennemie de l'adolescent. Bien plus que de tenter de l'instruire bien malgré lui, j'ai pris la fâcheuse habitude de le frapper sur le crâne (douuuucement, hein, il ne s'agit pas d'une baffe, ne montez par sur vos grands cheveux...). Je le fais habilement quand le jeune homme est pris dans une fascinante conversation, avec le carnet d'appel qui est bien mou. Le but n'est pas de faire mal au crâne, non, non, mais bien de faire mal à l'égo! La crête s'en retrouve méchamment aplatie (et mon carnet d'appel curieusement visqueux) et le jeune homme est profondément perturbé, tout son sexe à pile s'étant écrasé en même temps que sa coiffure. En général il suffit d'agiter le carnet sous ses yeux pour qu'il se calme aussitôt, la menace d'un tel cataclysme capillaire étant telle qu'il préfère se taire.

Avec la crête, ou parfois seule, il y a la lobotomie crânienne. Effectivement, il est très clâssieux (sic) d'arborer la cicatrice d'une récente ablation du cerveau sur sa tête, sous forme d'une ou plusieurs tonsures rectilignes dans des cheveux coupés à ras. Parfois aussi dans le sourcil, d'ailleurs, certains chanteurs n'ayant pas encore compris qu'ils ne sont plus des ados l'arborent également. Il va de soi que l'ado ainsi branché accepte très mal mes remarques sur leur opération du cerveau, ils sont sans doute encore sous l'influence des séquelles...

Il y a aussi ceux qui refusent de se plier à cette mode décidément très branchouille des crêtes et autres lignes, et qui laissent aller leurs appendices capillaires tels que la nature les a faits... des cheveux mi-longs, négligemment ondulés, soigneusement shampouinés au pétrole-âne antipelliculaire, doux et soyeux, accentuant ainsi leur côté poète maudit. Un petit côté fils-de-président, j'ai l'air bourge et je me la pète, j'ai l'air sentimentique et romantal. Ce sont généralement les forts-en-quelque-chose, forts en maths, forts en poésie, forts en manipulation du sèche-cheveux de maman.

Enfin, il y a les gothiques, dont un jeune homme qui m'a inspiré ce post. Résolument gothique des rangers au vernis noir en passant par les mitaines effilochées, Maurice est un bon bougre. Il est au-dessus des valeurs terrestres telles que l'orthographe et la grammaire mais ma foi vit son petit bonhomme de chemin tranquillement (dans le schlonk schlonk de ses chaussures à talons compensés métalliques). D'ordinaire, il retient ses longs cheveux noirs serrés dans un élastique, laissant juste deux mèches figées en forme de pointe pendouiller devant ses yeux. Parfois, un joli serre-tête métallique met en valeur le côté gras (pas lavé depuis...je ne préfère pas le savoir) de sa tignasse digne de Morticia en personne.  Mais aujourd'hui, il a innové. Lancé une mode (j'espère, qu'on rigole). Il s'est fait une couette d'un côté, laissant pendre l'autre moitié devant son visage (ça ne doit pas être bon pour les comédons, ça, non?). Pendant toute l'heure de français, il a repoussé ses mèches qui lui couvraient l'oeil gauche, dans un mouvement sensuel digne de la plus belle pub. Pendant toute l'heure de français j'ai eu envie de lui proposer un élastique pour qu'il puisse faire sa deuxième couette....

PS pour Sixtine: plus moyen d'accéder à ton blog... heeeeelp?!

Posté par sifi à 19:58 - Commentaires [20] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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